Voyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand Céline

Voyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand Céline

Il parait que c'est un livre culte, faisant référence dans le domaine de la littérature française. Un style révolutionnaire pour l'époque.

Je dois avoué n'avoir pas été transcendé par l'histoire. Nous suivons les pérégrinations de Ferdinand Bardamu, sorte d'anti-héros relativement lâche, enrolé dans la première guerre mondiale. Cherchant absolument à fuir le conflit quitte à se faire emprisoner par l'ennemi peu importe, de toute façon le concept même d'ennemi lui échappe totalement.

Dans un second temps envoyé en colonisateur en Afrique il ne sera pas plus à l'aide dans ce pays. Fuyant alors vers les Etats-Unis pour tenter d'y gagner sa vie, il enchainera échec sur échec.

De retour en France, devenu médecin, il s'installe tranquillement dans une ville de province et narre ses rapport avec ses patient, trop pauvres pour lui permettre de mener l'existence digne dont d'autres auraient pu rêver.

Cette vie s'accompagne souvent de Robinson, ami malgré lui dont nous suivons les aventures personnelles au travers du regard de Ferdinand.

Voila pour le pitch du livre. Ceci dit, à part la première partie ou l'auteur dépeint son incompréhension de la guerre, je dois avour que je n'ai pas été spécialement emballé par l'histoire.

Céline, c'est un peu le pêre spirituel des Beigebeider ou autres Zoé Shepard. Ces auteurs cinycomiques qui rédigent un livre complet narrant leur exploits peu reluisants qui n'auraient necessité qu'un ou deux chapitre.

Il reste cependant de ce livre quelques passages chocs que je me suis permis de surligner car souvent criant de vérités.

Les chevaux ont bien de la chance eux, car s’ils subissent aussi la guerre, comme nous, on ne leur demande pas d’y souscrire, d’avoir l’air d’y croire. Malheureux mais libres chevaux ! L’enthousiasme hélas ! c’est rien que pour nous, ce putain.

 

Dans ce métier d’être tué, faut pas être difficile, faut faire comme si la vie continuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge

 

Les chats trop menacés par le feu finissent tout de même par aller se jeter dans l’eau.

 

Ça se remarque bien comment que ça brûle un village, même à vingt kilomètres. C’était gai. Un petit hameau de rien du tout qu’on apercevait même pas pendant la journée, au fond d’une moche petite campagne, eh bien, on a pas idée la nuit, quand il brûle, de l’effet qu’il peut faire ! On dirait Notre-Dame ! Ça dure bien toute une nuit à brûler un village, même un petit, à la fin on dirait une fleur énorme, puis, rien qu’un bouton, puis plus rien.

 

Les Aztèques éventraient couramment, qu’on raconte, dans leurs temples du soleil, quatre-vingt mille croyants par semaine, les offrant ainsi au Dieu des nuages, afin qu’il leur envoie la pluie. C’est des choses qu’on a du mal à croire avant d’aller en guerre. Mais quand on y est, tout s’explique, et les Aztèques et leur mépris du corps d’autrui, c’est le même que devait avoir pour mes humbles tripes notre général Céladon des Entrayes, plus haut nommé, devenu par l’effet des avancements une sorte de dieu précis, lui aussi, une sorte de petit soleil atrocement exigeant

 

Après tout, pourquoi n’y aurait-il pas autant d’art possible dans la laideur que dans la beauté ? C’est un genre à cultiver, voilà tout

 

– Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…
– Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.

 

Engraisser les sillons du laboureur anonyme c’est le véritable avenir du véritable soldat !

 

L’âme, c’est la vanité et le plaisir du corps tant qu’il est bien portant, mais c’est aussi l’envie d’en sortir du corps dès qu’il est malade ou que les choses tournent mal.

 

Ça prouve que pour qu’on vous croye raisonnable, rien de tel que de posséder un sacré culot. Quand on a un bon culot, ça suffit, presque tout alors vous est permis, absolument tout, on a la majorité pour soi et c’est la majorité qui décrète de ce qui est fou et ce qui ne l’est pas

 

L’amour c’est comme l’alcool, plus on est impuissant et soûl et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits

 

Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue

 

Tant que le militaire ne tue ras, c’est un enfant. On l’amuse aisément. N’ayant pas l’habitude de penser, dès qu’on lui parle il est forcé pour essayer de vous comprendre de se résoudre à des efforts accablants.

 

Toute possibilité de lâcheté devient une magnifique espérance à qui s’y connaît. C’est mon avis. Il ne faut jamais se montrer difficile sur le moyen de se sauver de l’étripade, ni perdre son temps non plus à rechercher les raisons d’une persécution dont on est l’objet. Y échapper suffit au sage

 

C’est peut être de la peur qu’on a le plus souvent besoin pour se tirer d’affaire dans la vie. Je n’ai jamais voulu quant à moi d’autres armes depuis ce jour, ou d’autres vertus

 

La trique finit par fatiguer celui qui la manie, tandis que l’espoir de devenir puissants et riches dont les Blancs sont gavés, ça ne coûte rien, absolument rien. Qu’on ne vienne plus nous vanter l’Égypte et les Tyrans tartares ! Ce n’étaient ces antiques amateurs que petits margoulins prétentieux dans l’art suprême de faire rendre à la bête verticale son plus bel effort au boulot. Ils ne savaient pas, ces primitifs, l’appeler « Monsieur » l’esclave, et le faire voter de temps à autre, ni lui payer le journal, ni surtout l’emmener à la guerre, pour lui faire passer ses passions. Un chrétien de vingt siècles, j’en savais quelque chose, ne se retient plus quand devant lui vient à passer un régiment. Ça lui fait jaillir trop d’idées

 

Ainsi s’en vont les hommes qui décidément ont bien du mal à faire tout ce qu’on exige d’eux : le papillon pendant la jeunesse et l’asticot pour en finir

Ils poussaient la vie et la nuit et le jour devant eux les hommes. Elle leur cache tout la vie aux hommes. Dans le bruit d’eux-mêmes ils n’entendent rien. Ils s’en foutent. Et plus la ville est grande et plus elle est haute et plus ils s’en foutent. Je vous le dis moi. J’ai essayé. C’est pas la peine

 

On va te renseigner tout de suite nous autres sur ce que c’est que les Américains ! C’est tout millionnaire ou tout charogne !

 

La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi

 

Philosopher n’est qu’une autre façon d’avoir peur et ne porte guère qu’aux lâches simulacres

 

En somme, tant qu’on est à la guerre, on dit que ce sera mieux dans la paix et puis on bouffe cet espoir-là comme si c’était du bonbon et puis c’est rien quand même que de la merde.

 

Il était toujours malheureux, tout autant, mais il fallait cependant qu’il se dépêche de trouver une bonne raison nouvelle pour être malheureux. Ce n’est pas si facile que ça en a l’air. Ce n’est pas le tout de se dire « Je suis malheureux ». Il faut encore se le prouver, se convaincre sans appel. Il n’en demandait pas davantage : Pouvoir donner à la peur qu’il avait un bon motif bien solide, et bien valable.

 

Autant pas se faire d’illusions, les gens n’ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c’est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous. Ils essayent de s’en débarrasser de leur peine, sur l’autre, au moment de l’amour, mais alors ça ne marche pas et ils ont beau faire, ils la gardent tout entière leur peine, et ils recommencent, ils essayent encore une fois de la placer. « Vous êtes jolie, Mademoiselle », qu’ils disent. Et la vie les reprend, jusqu’à la prochaine où on essayera encore le même petit truc. « Vous êtes bien jolie, Mademoiselle !… »
Et puis à se vanter entre-temps qu’on y est arrivé à s’en débarrasser de sa peine, mais tout le monde sait bien n’est-ce pas que c’est pas vrai du tout et qu’on l’a bel et bien gardée entièrement pour soi. Comme on devient de plus en plus laid et répugnant à ce jeu-là en vieillissant, on ne peut même plus la dissimuler sa peine, sa faillite, on finit par en avoir plein la figure de cette sale grimace qui met des vingt ans, des trente ans et davantage à vous remonter enfin du ventre sur la face. C’est à cela que ça sert, à ça seulement, un homme, une grimace, qu’il met toute une vie à se confectionner, et encore qu’il arrive même pas toujours à la terminer tellement qu’elle est lourde et compliquée la grimace qu’il faudrait faire pour exprimer toute sa vraie âme sans rien en perdre

 

Nous aurions pourtant dû comprendre ce qui se passait. Des vagues incessantes d’êtres inutiles viennent du fond des âges mourir tout le temps devant nous, et cependant on reste là, à espérer des choses… Même pas bon à penser la mort qu’on est

 

L’histoire de cette merveilleuse cliente qu’il avait possédée au temps de son apprentissage, il l’a racontée aussi à Henrouille. Et elle finit par constituer une manière de rigolade générale l’histoire, pour tout le monde dans la maison. Ainsi finissent nos secrets dès qu’on les porte à l’air et en public. Il n’y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n’a pas encore été dit. On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire. Ça y sera

 

Il y a un moment où on est tout seul quand on est arrivé au bout de tout ce qui peut vous arriver. C’est le bout du monde. Le chagrin lui-même, le vôtre, ne vous répond plus rien et il faut revenir en arrière alors, parmi les hommes, n’importe lesquels. On n’est pas difficile dans ces moments-là car même pour pleurer il faut retourner là où tout recommence, il faut revenir avec eux

 

La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit

Viper dimanche 10 février 2013 : 18:17 Lecture

Liberté d'expression :

Par Christian, vendredi 15 février 2013 à 18:10

Oui ce livre est un classique, j'ai du le lire au lycée il me semble donc pas évident à saisir le talent de l'auteur à l'époque

Par hoho, jeudi 28 février 2013 à 10:16

je n'ose pas imaginer combien de citations vous mettez en ligne lorsque vous aimez un livre !

Par Luc, jeudi 28 février 2013 à 11:11

Ce n'est pas parce que le livre n'est pas transcendant que certains de ses passages ou réflexions ne sont pas intéressantes.

Du coup je retrouve ici tous les passages dignes d'intérêt sans avoir à relire tous le bouquin ;)

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