L'hydre panoptique de Zuckerberg

Un article pour évoquer un sentiment que j'ai depuis quelques temps sur une évolution possible de notre société vis à vis d'un usage de plus en plus répendu sur le réseau : la diffusion d'images en direct. Mais aussi plus largement sur l'utilisation et la diffusion d'images d'évènements publiques.

N'avez-vous pas l'impression qu'il est de plus en plus difficile de participer à un évènement public sans systématiquement se retrouver immortaliser sur le net et ce, avec de plus en plus de difficultés, voir l'impossibilité, à emmetre un avis contraire à celà.

J'ai vaguement l'impression que notre société se dirige de plus en plus vers une société panoptique où tout le monde sera toujours observé, en permanence, réduisant à minima les sphères de la vie privée.

Commençons tout cela par un petit rappel.

Qu'est-ce qu'un panoptique ?

Le panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham et son frère, Samuel Bentham, à la fin du XVIIIe siècle. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un gardien, logé dans une tour centrale, d'observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s'ils sont observés.

Wikipedia : Panoptique

Le fonctionnement sous-jacent de ce système de surveillance est que les prisonniers se sachant potentiellement surveillés n'ont pas intérêt à mal se comporter car ils peuvent être punis à n'importe quel moment.

Le système est efficace car il optimise la surveillance tout en réduisant considérablement le nombre de gardiens.

Oui, mais quel rapport avec Internet et Marc Zuckerberg ?

La question qu'il faut se poser actuellement, c'est : où se trouvent les systèmes de surveillance.

Dès qu'un évènement a lieu dans un espace publique, que ce soit, dans un bar, sur une place organisé par une municipalité, voir avec vos amis, il est devenu à peu prêt impossible de ne pas être pris en photo ou filmé.

C'est le constat que j'ai eu ces derniers temps. Presque à chaque fois que je participe à un évènement, je dois faire l'effort de me détaguer de photo où un ami, qui se veut certainement bienveillant, m'a identifié. Evidemment, dans la pluspart des cas, cela part toujours d'une bonne intention : rappeler à la personne prise en photo le bon moment qu'elle a passée, voir simplement lui signifier que l'on a pensé à elle.

Là où ce système n'est pas trop problématique, c'est quand il s'agit simplement d'une photo ou d'une vidéo. Il est toujours possible de faire savoir à la personne qui la prend qu'on ne souhaite pas la voir publiée et/ou qu'on ne souhaite pas être identifié. Mais il faut reconnaitre que cela soulève assez fréquemment un petit moment de malaise à évoquer une telle idée.

A mon sens ce schéma devient vraiment problématique quand on en vient au système de vidéo en direct type "Facebook Live", Periscope et autre système de diffusion de plus en plus présent lors des évènements publiques.

Une personne qui ferait le choix de ne pas vouloir trouver son image enregistrée sur internet n'aurait tout simplement plus le choix de ne pas participer à l'évènement en question.

Toutes ces vidéos étant, évidemment, enregistrées et archivées sur les réseaux sociaux avec la possibilité pour quiconque d'aller les consulter à postériori.

Tout cela me fait beaucoup penser à une hydre, que je nomme L'hydre de Zuckerberg dont les têtes seraient les portables que nous utilisons tous et toutes pour prendre en photos nos amis ou les évènements auxquels nous participons.

Mais quelle influence sur la société ?

C'est ainsi que je m'interroge sur le vrais poids de cette nouvelle relation à l'image.

L'une des premières utilisations que j'en vois, et j'en parlais déjà en début d'année : Tout le monde stalke, Est l'idée d'un mari ou une femme qui se sentirai tromper. Cette personne pourrait aller consulter tous les relicats de vidéos "en direct" pour essayer de surprendre son partenaire en présence de quelqu'un d'autre.

Mais plus largement à cela, un état un peu autoritaire pourrait tout à fait utiliser ces images à postériori pour retrouver des personnes qui auraient commis des infractions qui normalement n'auraient pas été relevées.

Poussons l'idée un peu plus loin. Un régime dictatorial pourrait s'en servir, via les systèmes de reconnaissance faciale incorporés pour faire arrêter des manifestants qui participeraient à des manifestations interdites.
Rappel : Certains pays, comme la France, interdisent déjà de porter des masques dans l'espace publique.

Mais plus pratiquement, ne serons nous pas, à l'avenir, tentés de modifier nos comportements et nos façons d'être d'une manière à être toujours présentable à l'écran ? Ne risquons nous pas de perdre en authenticité voir en humanité lors de nos sorties publiques ?
Ou bien, au contraire, n'allons nous pas renforcer nos individualités quitte à porter un masque exagéré pour donner une image de nous qui semblera inévitablement impossible à tenir ?

Viper mardi 03 octobre 2017 : 13:53 Web Life

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Par Stéphane Mourey, mardi 03 octobre 2017 à 21:59

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